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Israël/Palestine : le Sénat appelle la France à une "plus forte implication"
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Durrieu Josette

Parti Socialiste

Le 10 octobre 2008,

PARIS, 10 octobre 2008 (AFP) - La commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat a appelé vendredi dans un communiqué "à une plus forte implication de la France dans le dossier israélo-palestinien". A la suite du compte-rendu d’une mission du groupe d’information international sur les Territoires palestinien présidée par la sénatrice PS Monique Cerisier-ben Guiga, la commission "a noté l’aggravation des conditions d’existence de la population palestinienne liée aux entraves à la circulation, à la multiplication des points de contrôle et au bouclage répété des villes". La Commission "s’est émue des progrès constants de la colonisation des territoires occupés, obstable majeur à l’établissement d’une paix durable entre Palestiniens et Israéliens". Elle "déplore que l’instabilité et la faiblesse politique des deux partenaires entrave le dialogue nécessaire" et souligne "le risque accru de violences intra-palestiniennes à l’approche de l’échéance du mandat du président de l’Autorité palestinienne, en janvier prochain". En conclusion, la Commission "émet le voeu ardent que la France prenne, avec ses partenaires de l’Union européenne, une initiative forte pour une réelle relance des négociations".

La délégation sénatoriale qui s’est rendu dans les territoires du 5 au 10 juillet était également composée de Bernadette Dupont (UMP, Yvelines), Josette Durrieu (PS, Haute-Pyrénées), Bernard Fournier (UMP, Loire), Charles Gautier (PS, Loire Atlantique).


Compte rendu de la mission :

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a tout d’abord rappelé que la délégation qu’elle conduisait, , s’était rendue sur place du 5 au 10 juillet 2008, avec l’objectif d’évaluer la situation sur le terrain au regard de l’objectif fixé, lors de la conférence d’Annapolis, de parvenir à un accord de paix avant la fin de l’année 2008.

Elle a précisé que la délégation avait alterné entretiens politiques et déplacements de terrain, à Jérusalem Est, Hébron, Ramallah, Bethléem, Naplouse et dans la bande de Gaza, ce dernier territoire faisant l’objet d’un blocus complet de la part des autorités israéliennes, depuis sa prise de contrôle par le Hamas en juin 2007.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a indiqué qu’elle s’était également entretenue avec le père du soldat franco-israélien Gilad Shalit retenu en otage par le Hamas et avec les parents du prisonnier franco-palestinien Salah Hammouri, détenu en Israël>.

La délégation a tout d’abord , à Gaza, mais aussi en Cisjordanie.

A Gaza, où vit 40 % de la population palestinienne, soit 1,4 million d’habitants, sur un territoire de 365 km², la situation> est qualifiée de « chaos humanitaire » par les responsables de l’UNWRA.

Dans ce territoire sous blocus depuis plus d’un an, la pénurie sévit dans tous les domaines. L’énergie, l’alimentation, les médicaments et le matériel médical, les matériaux de construction, font défaut à des populations dont l’état sanitaire et social, déjà précaire, a enregistré une nouvelle dégradation. 85 % de la population dépend désormais de l’aide alimentaire internationale.

En Cisjordanie, à l’exception de Ramallah, a poursuivi Mme Monique Cerisier-ben Guiga, la situation est à peine meilleure. Sous l’effet des bouclages, des check-points fixes ou mobiles, des colonies et du mur de séparation, la circulation des personnes est tout simplement quasi impossible, ce qui conduit à une situation d’asphyxie économique dans des villes qui traditionnellement étaient actives et jouissaient d’une relative prospérité.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a souligné que la délégation avait <été frappée par les progrès de la colonisation et le morcellement consécutif des territoires palestiniens>. Ainsi, depuis la conférence d’Annapolis, et malgré l’engagement d’Israël de « geler » la colonisation, celle-ci a littéralement explosé, le nombre d’appels d’offres pour la construction de nouveaux logements ayant été multiplié par douze entre décembre 2007 et mai 2008 et le nombre de permis de construire multiplié par 6 sur la même période.

Elle a également souligné l’impact très limité, en termes de relance économique, d’une aide internationale qui a pourtant atteint des niveaux records depuis la Conférence de Paris de décembre 2007, du fait principalement du maintien, sinon du renforcement des restrictions israéliennes de toute nature aux accès et mouvements de biens et de personnes, restrictions que la délégation a elle-même pu mesurer à plusieurs reprises.

Elle a indiqué que, lancée en 2002 après le début de la seconde Intifada, la construction du mur de sécurité était aujourd’hui achevée à près de 90 %. Long de 723 km, le mur annexe de fait 10 % du territoire de la Cisjordanie, la majeure partie des colonies israéliennes (80 % des 450 000 colons de Cisjordanie), mais aussi la quasi-totalité des nappes phréatiques. En outre, depuis l’accord conclu en novembre 2005 sous les auspices des Etats-Unis et censé lever les entraves à la circulation en Cisjordanie, le nombre d’obstacles a doublé, passant de 300 à 600. Il faut y ajouter .

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a ensuite évoqué le « processus de paix » et les négociations d’Annapolis. Elle a considéré que ce qu’il était coutume d’appeler le « processus de paix » n’était de fait plus un processus depuis plusieurs années dans le sens où les négociations ne progressaient pas. Il y a aujourd’hui un écart considérable entre les grands principes fixés par les résolutions pertinentes des Nations unies et la réalité du terrain.

Elle a indiqué que de ce processus subsistait l’Autorité palestinienne, c’est-à-dire des structures chargées de gérer le quotidien des populations en l’absence d’Etat.

Elle a estimé que cette situation de blocage du processus de paix tenait au fait que les protagonistes avaient été laissés en tête à tête dans le règlement de ce conflit, ce qu’a encore récemment consacré la déclaration d’Annapolis, alors qu’ils sont l’un comme l’autre dans une situation d’extrême faiblesse politique.

Elle a rappelé qu’en Israël, le processus était fragile, les « grands partis » devant donner des gages pour former leur coalition. Le système politique, très morcelé, privé de grand leader capable de mobiliser la population sur des choix courageux, conduirait à une forme de paralysie. Comme en atteste un incident auquel la délégation a été confrontée à Hébron, l’Etat ne maîtrise pas les éléments les plus extrémistes. La société israélienne est très lassée par le conflit, mais semble dépourvue des moyens de sortir de l’ornière.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a souligné qu’Israël était sorti vainqueur du conflit israélo-arabe, aucun Etat arabe ne représentant une menace réelle pour la vie du pays. La sécurité semble globalement assurée, ce qui donne l’illusion que l’on peut gérer le conflit sans véritablement le résoudre. Les députés israéliens ont confirmé à la délégation que tous les regards se portaient vers l’Iran, son programme nucléaire et les déclarations antisémites de son président. est devenue secondaire.

Elle a indiqué que du côté palestinien, la situation politique> était catastrophique. La fragilisation de l’Autorité palestinienne et de ses responsables, en l’absence de progrès sur le terrain et de percée perceptible dans les négociations>, est extrême.

La situation politique voit l’affrontement de deux légitimités issues des urnes : celle du expire en janvier prochain, et celle du parti Hamas, sorti démocratiquement vainqueur des élections législatives de janvier 2006 au grand désarroi de cette même communauté internationale. Les prochaines élections législatives devraient avoir lieu en février 2010.

Le morcellement des territoires palestiniens résultant de l’augmentation des entraves à la libre circulation des personnes et des marchandises, de l’amplification de la construction des colonies, notamment autour de Jérusalem-Est, ainsi que les incursions répétées de l’armée israélienne dans les zones sous contrôle de l’Autorité palestinienne, délégitiment> celle-ci aux yeux de la population et aboutissent en réalité à renforcer l’influence du Hamas auprès d’elle.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a formulé un constat d’échec de la diplomatie occidentale, qui a manqué l’occasion offerte par l’accord de la Mecque, conclu en février 2007 sous l’égide de l’Arabie saoudite, qui permettait de maintenir un seul interlocuteur du côté palestinien sous la forme d’un gouvernement d’Union nationale. Elle a souligné que la prise du pouvoir par la force à Gaza en juillet 2007 avait consacré une rupture profonde entre les Palestiniens>. Il faut désormais faire face à deux Palestine : Gaza et la Cisjordanie. Le blocus quasi complet de la bande de Gaza imposé par Israël après le coup de force n’a pas fait plier le Hamas. Dans ce territoire, misère et radicalisme s’alimentent mutuellement.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a rappelé que les affrontements interpalestiniens avaient fait resurgir le spectre de la guerre civile et que les perspectives du dialogue national interpalestinien souvent annoncé semblaient bien incertaines. Tels sont pourtant les partenaires avec lesquels Israël doit faire la paix.

Résumant les principaux enseignements retirés de cette visite, Mme Monique Cerisier-ben Guiga a souligné que six mois après la conférence d’Annapolis, censée relancer le processus de paix et alors que l’objectif restait de parvenir à un accord avant la fin de l’année 2008, la situation s’était nettement dégradée sur le terrain. Pour autant, elle a estimé que bien que très dégradée, elle n’est irréversible que si les Etats-Unis et l’Union européenne restent passifs et que rien ne serait possible sans une implication extérieure ferme, durable et acceptée par les deux parties.

Elle a considéré que le choix fait par le Président de la République lors de sa visite en Israël de restaurer la confiance en réaffirmant l’amitié de la France ouvrait peut-être une opportunité. Cette manifestation de confiance dans son discours à la Knesset a été l’occasion de rappeler la force des liens qui unissent la France à ce pays, mais aussi de réaffirmer des principes et de dire clairement notre attachement à une solution juste pour le conflit. Ce discours a <été très bien reçu par les responsables palestiniens et les personnalités rencontrées, toutes tendances politiques confondues.

Mme Monique Cerisier-ben Guiga a estimé qu’il fallait poursuivre dans cette voie et se concentrer sur un préalable indiscutable : l’arrêt de la colonisation.

Du côté palestinien, elle a souhaité que la communauté internationale enraye le processus de dislocation politique et réintègre le Hamas dans un processus gouvernemental, la stratégie de « containment » du Hamas n’ayant pas porté ses fruits, bien au contraire. Citant Hubert Védrine, selon lequel la diplomatie a été « inventée pour parler à des monstres », elle a considéré que le dialogue ne signifiait pas l’adhésion aux méthodes ni aux discours de l’interlocuteur. Elle a souligné que les islamistes du Hamas étaient nationalistes et que tout l’enjeu était qu’ils le restent alors que, d’ores et déjà, des factions minoritaires à Gaza sont tentées par le jihadisme internationaliste et idéologique.

En conclusion, elle a souligné qu’une part importante de la stabilité régionale se jouait sur cette portion de terre entre Méditerranée et Jourdain, que cette question avait pris un tour nouveau avec le renforcement du Hamas. Par conséquent, la politique de la France et de l’Europe ne peut rester bloquée sur des schémas inopérants.

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