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Déclaration du Gouvernement sur la situation au Proche-Orient et débat sur cette déclaration
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Rochebloine François

Union des Démocrates et Indépendant
Pays de la Loire

Assemblée nationale
Le 14 janvier 2009,

M. François Rochebloine. Monsieur le président, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, le 27 décembre dernier, débutait l’offensive de l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Comme à chaque fois, il est bien difficile aux observateurs extérieurs que nous sommes de nous faire une opinion précise sur l’évolution de la situation militaire et sur les intentions qui, en ce moment, animent les adversaires. L’expérience de guerres précédentes nous a, en outre, alerté sur les risques de manipulation et de déformation des faits par des actions délibérées de telle ou telle partie à un conflit. C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de ressentir un certain sentiment de décalage entre, d’une part, les affrontements et les souffrances dont les médias nous renvoient l’écho, et, d’autre part, le cadre du présent débat.

Néanmoins, l’Assemblée nationale est pleinement dans son rôle quand elle examine cette situation, quand elle se préoccupe des enjeux d’un conflit qui s’enlise et n’en finit plus, quand elle s’interroge sur les initiatives que doivent prendre la France et l’Union européenne au service de la paix.

Dans ce conflit complexe, face à de tels affrontements, notre seul parti, la seule conquête que nous puissions viser, c’est la paix.

Mais il s’agit bien là d’une conquête : conquête sur la violence des belligérants, conquête sur le poids d’un passé très lourd et très pénible, conquête sur un ensemble de forces instable et en constante évolution.

Je n’insisterai pas, tant elle est évidente, sur l’urgence humanitaire. La conscience se révolte devant ces morts inutiles – plus de 900 victimes, dont un tiers d’enfants – et devant toutes ces souffrances.

M. Maxime Gremetz. Il faut faire cesser cela !

M. François Rochebloine. S’il y avait une seule justification à donner aux récents efforts du Président de la République en faveur de l’arrêt des combats, celle-ci emporterait la conviction. Hier, M. le ministre des affaires étrangères rappelait, en réponse à la question de notre collègue Michel Voisin, les efforts divers et importants consentis par la France pour prendre concrètement sa part de l’action humanitaire. Je veux ici rendre hommage à ces efforts et saluer les personnels qui sont à l’œuvre et à la peine sur le terrain.

Je veux également rendre hommage aux organisations humanitaires – et ce n’est pas vous, monsieur le ministre, qui me démentirez –, qui s’efforcent de procurer aux populations vivres, médicaments et soins.

M. Jean-Paul Bacquet. Et sacs de riz !

M. François Rochebloine. Je crois qu’il ne faut pas plaisanter sur des sujets aussi délicats, mon cher collègue.

M. Jean-Paul Bacquet. Ne vous inquiétez pas pour ça !

M. François Rochebloine. Je voudrais saluer, enfin, l’action inlassable du Haut Commissariat pour les réfugiés et de son responsable, M. António Guterres, aux côtés des personnes déplacées. Dans une de ses récentes déclarations, M. Guterres mettait en lumière une des caractéristiques les plus frappantes de la guerre de Gaza : c’est le seul conflit au monde où les civils n’ont même pas la possibilité de fuir, disait-il le 6 décembre. Un million et demi d’hommes et de femmes sont ainsi bloqués dans ce territoire de 360 km2, où les conditions de la vie quotidienne deviennent de plus en plus dramatiques.

À cet enfermement des corps répond l’enfermement des esprits. L’ambassadeur d’Israël nous disait, hier matin, en commission des affaires étrangères, que la population israélienne était soudée derrière son gouvernement et son armée, qu’elle en avait assez des frappes aveugles qui semaient l’insécurité et la mort parmi la population du sud du pays. Comment ne pas comprendre, humainement, cette réaction ? Toutefois, l’histoire est là pour rappeler à quel point est dangereuse l’unanimité dans la lassitude. On ne bâtit pas l’avenir sur un sentiment négatif.

Du côté palestinien, la division entre les mouvements et les courants d’opinion, outre qu’elle affaiblit la représentativité politique effective de l’Autorité palestinienne, est une source de surenchère dans l’hostilité à Israël, et aussi, sans doute, une cause de découragement. L’extrémisme se nourrit de l’absence ou de la faiblesse des perspectives politiques, avant d’être encouragé et stimulé par l’intervention extérieure.

Je partage l’opinion de celles et ceux qui condamnent les actes de terreur perpétrés par les milices du Hamas au détriment, eux aussi, de victimes innocentes. Les attentats suicides, les frappes de roquettes aveugles ne sont pas des procédés de guerre, ce sont des offenses à l’humanité. (Applaudissements sur les bancs du groupe NC.) Je comprends que l’on éprouve les plus vives réticences à traiter, ou même simplement à parler, avec un gouvernement formé ou soutenu par des personnes dont la négation de l’autre est le premier article du credo politique. Je comprends ce refus, considérant que l’existence d’Israël est un fait politique et une réalité humaine incontestables, contre lesquels aucune menace n’est acceptable.

Mais, en même temps, nous devons reconnaître que le gouvernement soutenu par le Hamas procède des urnes. Les Palestiniens de Gaza ont exprimé, en se prononçant majoritairement pour le Hamas, leur propre sentiment de révolte et de découragement. Ce sentiment ne doit pas être passé par pertes et profits au seul motif qu’il ne correspondrait pas à ce que l’on voudrait que les habitants de Gaza, et les Palestiniens en général, pensent. Il faut créer les conditions qui leur permettent de croire en la possibilité d’un autre choix.

Le dialogue direct entre les adversaires est actuellement impossible. Il y a entre eux trop de méfiance, de violence et de morts. Et pourtant, il est impossible de laisser la situation d’affrontement perdurer. Elle est fatale, à court terme, pour la vie, voire la survie, des populations impliquées. De plus, même si l’armée israélienne atteint les objectifs militaires qu’elle s’est fixés, sa victoire du moment laisse entières les causes profondes du conflit qui, tôt ou tard, resurgira.

Seule une impulsion extérieure permettra d’offrir aux parties en présence le cadre d’une négociation dont elles ont, en l’état, perdu la capacité politique d’admettre la nécessité dans leur propre intérêt. Le groupe Nouveau Centre soutiendra donc toutes les initiatives qui permettront la constitution, par des instances internationales, d’espaces de rencontres et de procédures de dialogue.

Dans l’immédiat, il appelle de ses vœux l’application effective et rapide du cessez-le-feu réclamé par le Conseil de Sécurité dans sa résolution 1860 du 8 janvier dernier, « menant au retrait total des forces israéliennes de Gaza » et comportant, dans l’immédiat, une intensification de l’aide humanitaire du Haut Commissariat pour les réfugiés et des organisations non gouvernementales.

Comme le Conseil, il constate que la réconciliation entre Palestiniens est un préalable à 1’ouverture et, à plus forte raison, monsieur le ministre, au développement de conversations entre les Palestiniens et Israël. On ne saurait imposer de l’extérieur cette réconciliation nécessaire, elle doit venir de la réflexion des parties en conflit, éventuellement encouragée de manière amicale et non directive. Dans cette perspective, le groupe Nouveau Centre ne peut qu’espérer la réussite des entreprises de médiation engagées dans le monde arabe, à l’initiative, notamment, du président Hosni Moubarak.

En outre, le groupe Nouveau Centre souhaite que la France continue de prendre une part active dans les efforts de reprise du dialogue israélo-palestinien, dans le prolongement de 1’action menée avec détermination par le Président de la République il y a quelques jours. Devant notre commission des affaires étrangères, un point a réuni l’ambassadeur d’Israël, M. Shek, et la déléguée générale de la Palestine en France, Mme Hind Khoury : la reconnaissance pour cette intervention. Je suis heureux d’en rendre ici témoignage. Je vois dans ce fait symbolique la consécration de 1’approche équilibrée que le Président de la République a souhaité promouvoir dans ses relations avec Israël et le monde arabe – et vous pouvez tout naturellement en témoigner, monsieur le ministre –, approche équilibrée dont la clé de voûte est un respect égal de chacun des partenaires de la France.

M. le président. Merci de conclure, cher collègue.

M. François Rochebloine. Chacun sait que le langage de vérité est l’une des formes éminentes du respect que l’on doit à ses amis : cela est vrai des personnes comme des États et des peuples.

Dans un entretien accordé à Politique internationale, et publié en automne dernier, Elie Wiesel déclarait : « Je crois toujours la paix possible, ne serait-ce que parce qu’elle est de plus en plus nécessaire ». Le conflit en cours à Gaza, par son intensité, par sa violence, par ses conséquences, ne fait qu’illustrer encore plus fortement cette idée.

M. le président. Merci.

M. François Rochebloine. Je termine, monsieur le président.

Certes, la paix n’est pas facile. Depuis 1948, Israéliens et Palestiniens vivent côte à côte, sur la même terre. Seuls des esprits criminels ou exaltés – et il en existe des deux côtés – peuvent croire que la solution puisse venir de l’anéantissement de l’autre. Mais il est vrai que la construction d’une solution durable passe par des renoncements et des compromis réciproques. Dans chaque camp, les esprits les plus lucides savent bien, au-delà des slogans, que c’est la seule voie praticable, ne serait-ce que pour assurer à chacun les conditions d’une vie normale. Et s’il ne fallait citer qu’un exemple de préoccupations vitales partagées, le problème de 1’approvisionnement en eau viendrait immédiatement à l’esprit.

M. le président. Merci.

M. François Rochebloine. Rien ne serait plus calamiteux qu’un conflit autour de cette ressource vitale. Tous auraient à gagner à une gestion coordonnée. Mais pour en arriver là, chacun imagine les méfiances et les obstacles qu’il faudra surmonter, alors qu’il y va tout simplement de la vie.

Oui, vraiment, monsieur le ministre, il n’y a pas d’autre issue que la paix. Et le plus tôt possible. (Applaudissements sur les bancs des groupes NC et UMP.)

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